Introduction
La mycothérapie désigne l’utilisation de certains champignons, principalement sous forme d’extraits ou de préparations, dans une démarche de santé et de prévention. Longtemps associés aux médecines traditionnelles asiatiques, les champignons médicinaux font désormais l’objet de nombreuses recherches en pharmacologie, immunologie, nutrition et biologie cellulaire.
Mais que sait réellement la science en 2026 ? Les champignons médicinaux ont-ils des effets démontrés chez l’être humain ? Quels sont leurs principaux composés actifs ? Et surtout, comment distinguer les résultats obtenus en laboratoire des effets réellement observés en clinique ?
C’est précisément cette distinction qui permet d’aborder la mycothérapie de manière scientifique.
Qu’est-ce que la mycothérapie ?
La mycothérapie est une approche fondée sur l’étude et l’utilisation de champignons présentant des composés bioactifs susceptibles d’interagir avec différents mécanismes biologiques.
Parmi les espèces les plus étudiées figurent notamment :
- Ganoderma lucidum, souvent appelé reishi ;
- Hericium erinaceus, ou hydne hérisson ;
- Lentinula edodes, le shiitake ;
- Grifola frondosa, le maitake ;
- certaines espèces du genre Cordyceps ;
- Trametes versicolor, également étudié pour ses polysaccharides.
Les champignons ne sont cependant pas de simples « plantes ». Leur composition chimique et leur biologie sont différentes. Ils contiennent notamment des polysaccharides, des bêta-glucanes, des triterpènes, des stérols et de nombreux autres métabolites secondaires.
Une revue consacrée aux champignons médicinaux souligne justement la diversité des activités biologiques étudiées, tout en rappelant la nécessité de développer davantage d’essais cliniques humains et de mieux contrôler la qualité des préparations utilisées.
Pourquoi les bêta-glucanes intéressent-ils autant les chercheurs ?
Les bêta-glucanes sont parmi les molécules les plus étudiées des champignons médicinaux.
Ces polysaccharides peuvent interagir avec certains récepteurs de l’immunité innée. Ils font notamment l’objet de recherches sur leur capacité à moduler certaines réponses immunitaires.
Cela ne signifie toutefois pas qu’un champignon médicinal « stimule l’immunité » de manière générale.
Cette formulation est trop simpliste.
En biologie, une modulation immunitaire peut correspondre à des effets très différents selon :
- la molécule étudiée ;
- sa concentration ;
- son mode d’administration ;
- la qualité de l’extrait ;
- le récepteur impliqué ;
- l’état physiologique de la personne ;
- le contexte inflammatoire.
Il est donc plus rigoureux de parler de modulation de certaines voies biologiques que de promettre une augmentation globale des défenses immunitaires.
Reishi, Hericium, shiitake : que dit la recherche ?
Le reishi
Le Ganoderma lucidum est probablement l’un des champignons médicinaux les plus connus.
Les recherches portent notamment sur ses polysaccharides et ses triterpènes. Des activités antioxydantes, immunomodulatrices et anti-inflammatoires ont été observées dans différents modèles expérimentaux.
Mais il faut être prudent : une activité observée sur une culture cellulaire ou chez l’animal ne permet pas automatiquement de conclure à une efficacité thérapeutique chez l’humain.
Hericium erinaceus
L’Hericium erinaceus fait l’objet d’un intérêt particulier dans le domaine neurologique.
Certains de ses composés sont étudiés pour leurs interactions potentielles avec des mécanismes impliqués dans la croissance et la protection neuronales.
Des études humaines existent également, mais elles restent beaucoup moins nombreuses que les travaux précliniques.
Il serait donc excessif d’affirmer que l’Hericium « régénère les neurones ». Une formulation scientifiquement correcte consiste à dire que certains de ses composés font l’objet de recherches sur les mécanismes neurotrophiques et cognitifs.
Le shiitake
Le Lentinula edodes, largement consommé comme aliment, contient notamment des polysaccharides étudiés pour leurs propriétés biologiques.
Son intérêt illustre une distinction essentielle en mycothérapie : un champignon peut être à la fois un aliment et une source de molécules bioactives, mais cela ne signifie pas qu’une consommation alimentaire produise les mêmes effets qu’un extrait standardisé.
Champignon médicinal et complément alimentaire : attention à la confusion
L’une des principales difficultés de la mycothérapie scientifique réside dans la standardisation.
Deux produits portant le même nom de champignon peuvent présenter des compositions très différentes.
Il faut notamment prendre en compte :
- l’espèce exacte ;
- la partie utilisée ;
- le mode de culture ;
- le substrat ;
- l’extraction ;
- la concentration ;
- les molécules recherchées ;
- la présence éventuelle de contaminants ;
- la traçabilité.
Un extrait aqueux et un extrait alcoolique peuvent par exemple concentrer des familles de molécules différentes.
La qualité du produit est donc une composante essentielle de l’interprétation scientifique.
La mycothérapie est-elle scientifiquement prouvée ?
La réponse doit être nuancée.
Oui, les champignons médicinaux possèdent de nombreux composés bioactifs dont les mécanismes sont étudiés scientifiquement.
Non, cela ne signifie pas que toutes les indications revendiquées pour la mycothérapie sont démontrées par des essais cliniques solides.
La littérature scientifique comprend une combinaison d’études :
- in vitro ;
- animales ;
- observationnelles ;
- essais cliniques de petite taille ;
- revues systématiques.
Ces niveaux de preuve ne sont pas équivalents.
La mycothérapie est donc un domaine de recherche intéressant, mais qui nécessite encore des essais cliniques mieux standardisés.
Quelle place pour la mycothérapie en naturopathie ?
Dans une approche naturopathique sérieuse, la mycothérapie ne devrait pas être enseignée comme une liste de champignons auxquels correspondrait automatiquement une pathologie.
Elle peut plutôt être abordée comme une discipline permettant de comprendre :
- la composition des champignons ;
- leurs mécanismes biologiques potentiels ;
- les niveaux de preuve disponibles ;
- les indications étudiées ;
- les limites des études ;
- les interactions possibles ;
- les précautions d’utilisation.
Cette approche permet au futur praticien de développer une véritable capacité d’analyse plutôt que d’appliquer mécaniquement des protocoles.
Questions fréquentes sur la mycothérapie
Quels sont les principaux champignons médicinaux ?
Les plus étudiés comprennent notamment le reishi, le shiitake, le maitake, l’Hericium erinaceus et certaines espèces de Cordyceps et Trametes.
La mycothérapie est-elle une médecine ?
La mycothérapie est une discipline utilisant des champignons et leurs composés bioactifs dans une démarche de santé. Elle ne doit pas être présentée comme un substitut aux traitements médicaux.
Les champignons médicinaux ont-ils des effets sur l’immunité ?
Certains de leurs composés, notamment certains polysaccharides, peuvent moduler des mécanismes de l’immunité. La nature et l’importance de ces effets chez l’humain dépendent toutefois du composé, du produit et du contexte.
Peut-on utiliser les champignons médicinaux sans précaution ?
Non. « Naturel » ne signifie pas automatiquement « sans risque ». La qualité des produits, les doses, les allergies, les interactions médicamenteuses et la situation individuelle doivent être pris en compte.
À retenir
La mycothérapie constitue aujourd’hui un domaine de recherche particulièrement intéressant à l’interface entre nutrition, pharmacologie et immunologie.
Son intérêt scientifique repose notamment sur la richesse moléculaire des champignons médicinaux. Mais une approche rigoureuse doit toujours distinguer les résultats obtenus in vitro, chez l’animal et chez l’être humain.
C’est cette lecture critique de la littérature scientifique qui permet d’intégrer la mycothérapie dans une formation moderne en naturopathie.
Anthony Micheau
Naturopathe et directeur associé de l’IFNAT
Ancien élève du Dr Donatini.
Sources scientifiques
- Venturella G. et al. Medicinal Mushrooms: Bioactive Compounds, Use, and Clinical Trials. International Journal of Molecular Sciences, 2021.