Introduction
Reishi, Hericium, shiitake, maitake, Cordyceps : les champignons médicinaux sont devenus incontournables dans l’univers de la santé naturelle.
Mais peut-on réellement les considérer comme interchangeables ? Non.
Chaque espèce possède une composition différente, des molécules caractéristiques et des données scientifiques spécifiques. Comprendre ces différences est indispensable pour éviter les raccourcis fréquents en mycothérapie.
Reishi : Ganoderma lucidum
Le reishi, ou Ganoderma lucidum, est traditionnellement utilisé en Asie depuis des siècles.
Les recherches modernes s’intéressent notamment à ses :
- polysaccharides ;
- bêta-glucanes ;
- triterpènes ;
- composés antioxydants.
Les études précliniques ont exploré des mécanismes immunomodulateurs, anti-inflammatoires et antioxydants.
Cependant, il faut distinguer ces mécanismes biologiques d’une efficacité clinique démontrée pour une maladie donnée. Une revue de la littérature consacrée aux champignons médicinaux souligne précisément cette nécessité de renforcer les essais cliniques et la standardisation des préparations.
Hericium erinaceus : le champignon étudié dans le domaine cognitif
L’Hericium erinaceus, également appelé hydne hérisson ou lion’s mane, est particulièrement étudié dans le domaine neurologique.
Les recherches portent notamment sur certaines molécules susceptibles d’interagir avec des mécanismes neurotrophiques.
Cette piste est particulièrement intéressante pour la recherche sur :
- la plasticité neuronale ;
- les fonctions cognitives ;
- certains mécanismes neuroprotecteurs.
Mais là encore, il faut éviter les formulations telles que « Hericium régénère le cerveau ».
Les données disponibles ne permettent pas de transformer une hypothèse biologique en promesse thérapeutique générale.
Shiitake : un champignon alimentaire étudié scientifiquement
Le shiitake, Lentinula edodes, possède une particularité : il est à la fois un champignon alimentaire courant et une source de composés bioactifs.
Il contient notamment le polysaccharide lentinane, largement étudié.
Cette situation rappelle que la frontière entre alimentation et pharmacologie n’est pas toujours simple : une molécule peut être présente naturellement dans un aliment sans que cela signifie qu’une consommation alimentaire atteigne les concentrations utilisées dans les études expérimentales.
Maitake : Grifola frondosa
Le maitake, ou Grifola frondosa, est également étudié pour ses polysaccharides et ses effets potentiels sur différentes voies métaboliques et immunitaires.
Les bêta-glucanes présents dans plusieurs espèces de champignons constituent notamment un axe important de recherche.
Mais, comme pour le reishi, la littérature disponible mélange souvent des études expérimentales et des données humaines de niveaux très différents.
Cordyceps : un champignon à la littérature particulière
Le terme Cordyceps regroupe plusieurs espèces et préparations.
Cette précision est importante car les compositions peuvent varier considérablement.
Les recherches s’intéressent notamment à :
- l’énergie cellulaire ;
- le métabolisme ;
- l’inflammation ;
- certaines fonctions immunitaires ;
- les performances physiques.
Là encore, les résultats précliniques sont plus nombreux que les preuves cliniques permettant de conclure à des bénéfices thérapeutiques précis.
Pourquoi la standardisation est-elle essentielle ?
Dire « je prends du reishi » ne suffit pas pour décrire scientifiquement un produit.
Il faudrait idéalement connaître :
Espèce → partie utilisée → culture → extraction → molécules dosées → concentration → dose administrée.
Cette chaîne permet de comprendre pourquoi deux compléments portant le même nom peuvent avoir des effets potentiellement différents.
Mycothérapie : ne pas confondre mécanisme et preuve clinique
C’est probablement l’un des points les plus importants à retenir.
Une étude peut montrer qu’un extrait :
- active un récepteur ;
- modifie une cytokine ;
- possède une activité antioxydante ;
- modifie une voie métabolique.
Cela constitue une information scientifique intéressante.
Mais cela ne prouve pas nécessairement qu’une personne prenant ce produit bénéficiera d’un effet clinique significatif.
La hiérarchie des preuves doit donc rester au centre du raisonnement.
Quel champignon choisir ?
Il n’existe pas de réponse universelle.
Le choix dépend notamment :
- de l’objectif recherché ;
- du niveau de preuve ;
- de la composition du produit ;
- de la qualité de l’extrait ;
- de la situation de la personne ;
- des traitements éventuels ;
- des contre-indications et précautions.
Une approche scientifique consiste donc à partir de la personne et de la littérature, plutôt que de partir du champignon et de chercher ensuite une indication.
FAQ
Quel est le champignon médicinal le plus étudié ?
Le reishi figure parmi les champignons médicinaux les plus étudiés, mais il est difficile de désigner un « meilleur » champignon puisque les espèces et leurs composés ne répondent pas aux mêmes questions scientifiques.
Hericium est-il réellement bon pour la mémoire ?
Des recherches expérimentales et cliniques explorent les effets potentiels d’Hericium erinaceus sur les fonctions cognitives. Les données restent cependant insuffisantes pour en faire un traitement médical des troubles cognitifs.
Le shiitake est-il un champignon médicinal ?
Oui, le shiitake est à la fois un aliment et un champignon contenant des composés bioactifs étudiés scientifiquement.
Tous les compléments de champignons médicinaux se valent-ils ?
Non. L’espèce, le procédé d’extraction, la standardisation, la concentration et la qualité du produit peuvent varier.
Conclusion
La mycothérapie ne se résume pas à connaître une liste de champignons « pour » différentes problématiques.
Elle demande de comprendre la biologie des espèces, la composition des extraits, la pharmacologie des molécules et surtout le niveau de preuve disponible.
C’est cette approche qui permet de parler de mycothérapie scientifique plutôt que de simples recommandations empiriques.
Anthony Micheau
Naturopathe et directeur associé de l’IFNAT
Ancien élève du Dr Donatini
Source principale
Venturella G. et al. Medicinal Mushrooms: Bioactive Compounds, Use, and Clinical Trials. International Journal of Molecular Sciences, 2021.